AUXERRE

Les Cordeliers


Le couvent des Cordeliers dont il ne reste plus rien aujourd'hui (sa suppression date de 1790), s'élevait à l'emplacement de l'actuel marché couvert (ce texte est de 1943)[répertorié 2ème de France et malheureusement détruit pour faire place à un parking en centre-ville]. Rectification : il aurait été démoli et vendu à un américain...

Le 28 mai 1661, le facteur orléannais Pierre BRIDARD [ce facteur nous est signalé à Bourges où il prenait en 1674, la suite de l'organiste parisien Sébastien BURAT, pour entretenir l'orgue de la cathédrale de Bourges] prenait l'engagement de réparer l'orgue de ce couvent, d'en "estancher les soufflets de sorte qu'ils ne perdent point de vent, de tous les porte-vent aussy, d'en relever tous les thuyaux... les nestoier et faire parler tous, dans chacun leur armonie, racommoder tous ceux qui se trouveront gastez et en refaire des neux où il s'en trouvera de manque, faire marcher tous les registres justement, racomoder les anches et languette de la trompette, et de la voix humaine, et faire parler tout le dessus de trompette, quy ne dit mot, et les pédalles, et mettre en estat les deux thuyaux [telle qu'elle est rédigée, cette phrase laisserait entendre que la montre ne comportait que deux tuyaux ; le fait serait trop étrange pour être vraisemblable ; il faut donc entendre par là les deux tuyaux qui sont détériorés ou hors d'usage] de la montre".

Ce travail fut effectué pour la somme de 30 livres, - le facteur était en outre "norry et couché", et les Religieux étant tenu de faire toutes les fournitures nécessaires aux travaux - après une réception officielle par un expert.

Nous ne connaissons malheureusement ni le nom du facteur de l'instrument, à son origine, ni la composition de ce dernier au moment des réparations faites par BRIDARD. {BRIDARD Pierre. 1661 - Les Cordeliers d'auxerre... Réparations}
On trouve, par ailleurs, cette réflexion : ... Ceuxque nous appelons les "petits maîtres", parce que nous ignorons encore le nom et le nombre de leurs clients, seront encore moins bien servis par les textes. Bornons-nous à citer ici tant pour Paris que pour la province immédiate : un Pierre Bridard, d'Orléans, qui restaurait en 1661 l'instrument des Cordeliers d'Auxerre, en 1666 l'orgue des Pénitents Blancs de Bourg, en 1674 celui de la cathédrale de Bourges, construisait en 1677 l'orgue de Saint-Aignan d'Orléans, et relevait, en 1686, l'orgue de la cathédrale de Nantes...

Procès-verbaux de l'administration municipale de la ville d'Auxerre pendant la Révolution :
31 janvier de l'an IV de la liberté (1792) :
Orgue de l'église des ci-devant Cordeliers.
Arrêté que le débris de l'orgue des ci-devant Cordeliers seront mis dans le choeur qui ferme à clef, afin qu'ils ne soient point détériorés par les ouvriers, qui apportent dans l'église des matériaux.


La ville n'avait pas autrefois de marché couvert pour la vente des légumes et des autres objets de consommation ordinaire. Les maraîchers et autres marchands étalaient alors leurs produits tout le long des rues de l'Horloge, de la Draperie, etc.
La suppression du couvent des Cordeliers, en 1790, fournit une excellente occasion pour établir ce marché. Les bâtiments en furent démolis en partie, et la place où l'on voulait établir d'abord une halle aux grains, fut ensuite affectée à sa destination actuelle. On éleva en 1817, des tentes en ardoise sur des colonnes en bois, qui forment plusieurs lignes parallèles et en sens divers. La disposition des tentes serait plus heureuse si le public y trouvait un abri sûr, mais il n'y reçoit que de l'eau en abondance dans les temps pluvieux.
L'histoire du couvent des Cordeliers ou Franciscains se lie intimement à celle de la ville d'Auxerre. Ces religieux, qui font voeu de pauvreté absolue et qui sont destinés à la prédication, furent établis d'abord par la comtesse Mathilde, dans un lieu connu sous le nom de Sainte-Nitasse, et situé à droite de la route d'Avallon, à 2 kilomètres d'Auxerre. La comtesse y possédait un manoir dont on voit encore les vestiges dans les prés... Une charte de 1243, la première qui parle des Frères-Mineurs à Auxerre rapporte que le lieu s'appelait la Fertez et Brahanay. On reconnut bientôt que les Frères étaient mal installés, et en 1252 la comtesse les transféra dans la cité. En leur donnant la nouvelle résidence qu'ils devaient occuper jusqu'à la fin, la comtesse exigea d'eux qu'ils fissent murer une porte qui existait, selon Lebeuf, probablement dans les murs de la cité, et ouvrait dans la rue d'Orbandelle.
Ces religieux, aimés des habitants d'Auxerre, leur donnèrent longtemps l'hospitalité dans leur couvent. Leur église servait aux assemblées populaires avant la construction de l'hôtel de ville. On donnait chez eux ces représentations des Mystères, faites de drames de la vie de Jésus-Christ ou des saints, dans lesquels les personnages se comptaient par centaines, et qui duraient non plus des heures, mais des semaines entières.
En 1425, au mois de juin, les Frères furent victimes de leur obligeance. Le couvent fut totalement incendié par l'imprudence des ouvriers qui préparaient, dans le cloître, les charpentes destinées à l'horloge que les habitants projetaient déjà de faire bâtir. L'église, la librairie, les dortoirs, le réfectoire, tout fut dévoré par le feu. Mais les habitants résolurent bientôt de réparer les pertes des bons frères, et, selon Bargedé, dès l'an 1438 le couvent était rebâti plus beau que jamais.
En 1555, le jour de la Saint-François, le roi Henri II visita le couvent et y reçut l'hospitalité. On peut supposer que le menu du dîner fut moins maigre qu'à l'ordinaire.
A la prise d'Auxerre par les Huguenots, l'église des Cordeliers leur servit de prêche. Elle fut alors endommagée ainsi que le reste du couvent. Le mur du choeur fut jeté à bas, ainsi qu'on le voit par un marché pour sa réfection après l'expulsion des Réformés. Mais les ruines ne furent entièrement réparées qu'au XVIIè siècle. En 1612, les habitants y contribuèrent pour 50 livres. Le couvent était alors dans une ère de prospérité qui ne fit que s'accroître, et qui était telle qu'en 1659 le maire et les échevins attestaient qu'il y avait dans la maison 28 prêtres et 14 frères novices, et "qu'ils avoient besoin de la charité qu'ils demandent."
L'église des Cordeliers, qui subsista jusqu'en 1789, fut construite au XVè siècle. On arrivait au couvent de la rue des Cordeliers par un passage pratiqué dans le mur de la Cité et qui menait jusqu'au tiers de la place actuelle, où se trouvait le portail de l'église. Cet édifice était surmonté d'un clocher de grande hauteur. Du côté du sud-est, entre le vaisseau et les maisons, se continuait le passage public, large de 6 mètres. Une porte grillée le fermait du côté de la place au Lait. En face était une porte latérale de l'église, et à côté du choeur, le long de la rue Notre-Dame, était une chapelle, et derrière le maître-autel une porte cochère. Le cloître était adossé à l'église et carré ; son entrée à gauche du portail, près du parloir.
L'église était sombre et triste. Elle portait dans oeuvre 27 toises 5 pieds de longueur sur 5 toises 6 pouces de largeur ; et la voûte 7 toises 3 pieds de haut. Il y avait au milieu du préau du cloître une pyramide qui avait été bénie en 1621 par l'évêque Séguier.
C'est dans cet édifice que s'assemblèrent, pour la dernière fois, les trois ordres, le 23 mars 1789, pour l'élection des députés aux Etats-Généraux.
Au siècle dernier, les Cordeliers portaient le pauvre costume des enfants de Saint-François, la longue robe de laine brune, grossière, avec capuce, et en ville un manteau court de même couleur. Leur tête était nue et ils marchaient nu-pieds dans des sandales. Ils rappelaient ainsi le vêtement du pauvre peuple du moyen-âge.
La maison de M. Fournier, imprimeur, qui longeait le mur romain et qui avait sa façade sur la rue de l'Horloge, avait une ouverture sur le passage public des Cordeliers, appelé aussi la Cour. C'est par là que le jeune Rétif de la Bretonne, alors apprenti typographe, et, depuis, fameux romancier, se rendait au couvent des Pères, pour causer philosophie avec un Cordelier nommé Gaudet d'Arras. Cet étrange moine, sorte de démon tentateur, dont Rétif fait le plus curieux portrait, - selon son habitude de mettre en scène ses meilleurs amis et ses proches, - cet ami poussa le jeune homme déjà tout disposé, dans une voie romanesque et perverse, et développa en lui une verve diabolique qui lui fit composer tant d'ouvrages aussi bizarres par le fond que par la forme, mais qui, dans le dernier tiers du XVIIIè siècle, le rendirent plus célèbre qu'Alexandre Dumas dans le nôtre.
Les Cordeliers fournirent à la Ligue du XVIè siècle un membre renommé par son énergie passionnée. Leur Père gardien ou supérieur, nommé Claude Trahy, dont les talents avaient été utilement employés par l'évêque Amyot, avait répandu l'esprit de la Ligue dans la ville. Il ne put pardonner au confesseur de Henri III ses relations avec ce prince. Après l'assassinat des Guises à Blois, et lorsque le vieil évêque rentra à Auxerre, il souleva la populace contre lui et le força à se renfermer dans son palais, tandis qu'il portait contre lui les accusations les plus noires. Le pauvre traducteur de Plutarque passa tristement les dernières années de sa vie, et dut regretter plus d'une fois le temps où il cultivait en paix ses auteurs grecs favoris.
Il existait autrefois dans l'église des Cordeliers une confrérie très nombreuse du tiers-ordre de Saint-François, et qui réunissait les principales familles bourgeoises de la ville. Le Nécrologe du couvent mentionne les noms de celles qui avaient choisi leur sépulture dans l'église depuis le XVè siècle. A cette époque ce sont les Vivien, les Gonthier, Jean Rapine, qui soumit la ville d'Auxerre à Louis XI, qui mourut en 1748 et fut enterré sous le grand autel. Au XVIè siècle on trouve les Leprince, les Delafaye, les Boucher, les Chrétien, les des Bordes, les Leclerc, Guillaume Coephy, maître de la Monnaie, les Collinet, dont l'un d'eux se tua en se jetant tout armé par dessus les murailles, la nuit de la prise d'Auxerre par les Huguenots. Au XVIIè siècle, ce sont les Le Muet, les Duvoigne, encore les Boucher et les Leclerc, les Baudesson, les Chevalier, les Girardin, les Martineau. Tous ces représentants de la bourgeoisie auxerroise reposent sur le chemin foulé chaque jour par les pieds des nombreuses ménagères qui visitent le marché.

 
  Aujourd'hui un parking Deux entrées des sous-sol  
Retour