AUXERRE

Les Frères Prêcheurs


Le couvent des Frères Prêcheurs, ou Jacobins, ou Dominicains, abrite aujourd'hui les locaux de la Trésorerie générale. Les bâtiments sont tout à fait modernisés.

 
Les Jacobins modernisés
 


Bien que la construction de cet instrument remonte à la première moitié du XVIè siècle, signalons là cependant et donnons quelques précisions sur cet orgue dont il ne reste rien aujourd'hui.

Le 25 septembre 1632, le facteur troyen Jacques Lebé s'engageait à construire, pour ce couvent, un orgue de 12 jeux, composé comme suit :

Composition de 1633


G. O. R. 47 t.
Montre 8'           Nasard             Trompette 8'
Bourdon 8'         Cornet III         Voix Humaine 8'
Flûte 4'               Fourniture III
Doublette 2'       Cymbale II

Pédalier R. 10 t.
Flûte 8'               Trompette 8'
Tremblant doux

Lebé s'engageait également à augmenter un petit buffet qui se trouvait déjà dans l'église, de façon à pouvoir y loger son instrument. Le prix convenu pour tout l'ouvrage était de 1800 livres tournois. L'orgue devait être rendu parfait et "bien accordante" dans le délai de six mois, mais il n'était pas prévu qu'une réception en dut être faite par un expert.

Devis de Jacques Lebé (1632).
Par devant François Le Roy... le vingt cinquiesme jour de septembre mil six cents trente deux... au couvent des Frères Prescheurs de la ville d'Auxerre, comparut en sa personne maître Jacques Lebé, facteur d'orgues demeurant à Troies estant de présent en ceste ville d'Auxerre, lequel a marchandé et promis aux religieux, prieur et couvent des Frères Prescheurs de la ville d'Auxerre... de faire bien et dehument en l'église des ditz Frères Prescheurs, une paire d'orgues, lesquelles concisteront en une monstre de huict piedz qui sera d'estain poly et bruny, ung jeu de bourdon de quattre piedz ouvert, ung jeu de nazard qui sera faict de plomb, ung jeu de cornet de trois tuiaux sur marche commenceant en la my au millieux du clavier qui sera de plomb, ung jeu de deux piedz qui sera le doublet d'estain, ung jeu de fourniture de trois tuiaux sur marche, qui sera d'estain, ung jeu de cimballes de deux tuiaux sur marches d'estain, ung jeu de trompette aussy d'estain, les boistes de plomb, ung jeu de voix humaine d'estain commenceant en la my comme ledit cornet, trois soufflets bons et suffisants pour icelles orgues, ung tremblant à ventz restrainctz, ung jeu de soufflet d'estain, les pieds de tous les tuiaux du dedans d'icelles de plomb, ung clavier neuf de quarante sept marches d'ebeyne, un jeu de pédalles de flustes de plomb. Sçavoir pour la première, le huict pied ouvert, ung autre jeu de pédalle trompette d'estain, les boistes de plomb, les dictes pedalles concistant en dix marches. Fournira le dict Lebé, entrepreneur, tout l'estain, plomb et toutes les autres estoffes et matières qu'il conviendra pour rendre les dictes orgues faictes et parfaictes, et ferrailles tant au corps de l'orgue que soufflerie, avec le buffet de menuiserie ; fournira ledict buffect, fera accroître ung viel buffect qui est en la librairie dudict couvent de deux chambres, une de chascuns costé de deux piedz et demy de large et de dix à unze pieds de haulteur ; eslargir le corps d'embas du buffect, mettre deux corniches neufves du corps d'embas au corps d'en hault, faire un autre coronement au lieu de celluy où sont les ventilletz, faire les fusées qu'il conviendra aus dictes deux chambres pour tenir les tuiaulx et les coronementz sur icelles, mettre deux goussetz soulz lesdictes orgues au lieu et endroict qui luy a esté monstré et les rendre bien et dehument faictes et parfaictes et bien accordantes dedans six mois prochains, y travailler sans discontinuacion et ce, sans que les dictz religieux soient teneüz fournir aucune choze synon la platteforme, moiennant le pris et somme de dix huict centz livres tournois que les dictz religieux seront tenuz paier audict Lebé dedans trois ans, pendant lesquelz le dict Lebé sera teneü recepvoir centz livres tournois en paiement particulier et demeure le premier marché cy devant faict entre les dictes parties le unzièsme du présent mois et an pour raison des dictes orgues, nul et cassé par le moien du present, car ainsy, etc... promettant... obligeant... renonceant...
Faict present Edme Matherat et Pierre Leblanc tonnelier et Philibert Choin... (ADY, H 1.392.)


Le 22 mai 1634, plusieurs religieux du couvent reconnaissent que Lebé a satisfait au marché, qu'il a fait et parfait les orgues ; ils en sont satisfaits, et donnent décharge au facteur. A cette réception assistaient, outre Lebé, l'organiste de la Cathédrale d'Auxerre, Estienne Lejeune, le maître des enfants de choeur et plusieurs chanoines.

Reconnaissance de l'orgue et décharge au facteur (1634).
Le vingt deuxiesme may mil six cens trente quattre... (comparaissent divers religieux du couvent)... lesquelz ont recogneü que maistre Jacque Lebé, facteur d'orgues demeurant à Troies, a satisfait au marché cy-devant escript et suivant iceluy faict et parfaict les orgues mentionnées audict contract, desquelles les dictz religieux ce contentent et en deschargent ledict Lebé, ayant lesdictz religieux et Lebé icelles fait veoir par venerable et discrette personne, Maistre Germain Henry, chanoine d'Auxerre, et maistre Estienne Souflot, chanoine semy-prébendé et Germain Rimbault, aussy semy-prébendé, et sans préjudice de ce qui reste du paiement, car ainsy promettant...
(Ibidem.)


Mais cette réception n'était pas du goût de tout le monde à en juger par les difficultés qui devaient s'élever entre le facteur et les Religieux. En effet, ces derniers, prétendant que l'orgue révèle des malfaçons que certains "jeux défaillent et plusieurs des autres sont imparfaits", font annuler la réception faite par leurs collègues, qui ont agi, disent-ils, sans mandat.

Annulation de la réception° (1635).
Louis par la grâce de Dieu roy..... lieutenant, salut. De la partye de nos biens am [ez]..... prescheurs de nostre ville d'Auxerre nous a esté..... deslibéré dans leur Chapitre et entrepris de faire..... douze jeux et plus, et a ceste fin, faict marché avec..... donné un estat de ce qu'il y convenoit faire, se seroit..... ladicte esglise et bien accordante en tous les..... dix huict cens livres tournois dont la plus grande..... marché et contract auroit pratiqué quelques religieux..... qui se sont entendus au faict et fabriquation d'orgue..... desdictz religieux auroient rapporté auxdict particuliers..... auroient recogneü iceluy Lebé avoir satisfaict audit m[arché]..... jeux défaillent et plusieurs des autres soient imparfaits..... exposans qui ont notable intherest a l'enthiere exe[cution]..... orgues pour recognoistre enthierement le default et m..... contract et charges dudit Lebé, mais craignant..... donnés par lesdicts particuliers religieux sans le p..... et en tant que besoing seroit, obtenir nos lettres..... sujectz selon l'exigence du cas, vous mandons..... a esté passé au procureur pour elles et lesqu..... ou serrgent sur ce requis qu'à ce faire comme tous..... donné avec les formes convenables et délibérati..... que ceux qui ont veü icelles lors d'icelles descha[rges]..... esté nommés ou accordés par le Chappitre ou en..... dudit marché, ains manques et de deffectueuse et par..... restitution ou de tant que suffire doibve vous en..... et facteurs d'orgues et à prendre telles conclusio[ns]..... laquelle, comme nulle nous avons cassée, et..... les partyes en tel estat qu'elles estoyent aupar[avant]..... justice. Car tel est nostre plaisir. Donné à..... et de nostre regne le vingt-cinquièsme.
(Ibidem.)
° Tout le côté droit du parchemin a disparu ; les lacunes sont représentées par des points. Sans date. Certainement de 1635, puisque de la vingt-cinquième année du règne de Louis XIII.


Ceci se passe en 1635. Peu de temps après cette annulation, les Religieux font visiter leur orgue par un facteur demeurant à Sens, dont l'identité ne nous est malheureusement pas révélée (peut-être Duval, peut-être Esclavy). Ce facteur examine le travail de Lebé, reconnait que quelques jeux sont en état, mais reproche à d'autres de n'être pas recevables, spécialement en raison de la défectuosité de leur taille, et détermine les retouches à faire.

Visite de l'orgue, à la demande des Religieux° (s. d.).
Je soussigné, facteur d'orgues demeurant à présent à Sens, declare avoir veü et visité les orgues des Pères Jacobins d'Auxerre, selon le marché faict avec Me Jacques Lebé, facteur d'orgues demeurant à Troyes, et en icelles orgues avoir treuvé ce qu'il s'ensuit :
Premièrement, avoir visitté la soufflerie, laquelle j'ay trouvée qu'elle peut servir, bien qu'elle aye les costes ou plix trop larges ; plus j'ay visité le sommier que j'ay trouvé assez bon ormis quelques chappes, qui sont de bois de noyer et le sommier de cornet car les thuios de faux sommier qui ne sont bien aresztez, mesme plusieurs tuyaux qui n'en ont point.
Plus, j'ay visité l'abrégé de clavier et le premier des jeux appelé monstre que j'ay trouvé assé passable, sinon qu'il la fault pousser davantage à raison que le bourdon est trop doux et de trop desliée taille et empescher le sifflement de quelques tuyaux.
Plus, j'ay visité le ...[illisible] que j'ay trouvé un peu bien court et de trop deslié fil.
Plus, j'ay visité le cornet qui est assez bon.
Plus j'ay visité ...[illisible] lequel ay trouvé a bien deux ...[illisible] et n'est point d'une resonnance agreable, car il faut qu'il soit [La phrase s'arrête là dans le texte].
Plus j'ay visité le nazar qui se trouve assez bon.
Plus j'ay visité la double qui est assez bonne, sinon qu'elle est de trop grosse taille et les bouches bien haulte.
Plus j'ay visité le flageolet qui n'est pas mauvais.
Plus j'ay visité la fourniture et la cimballe, lesquelz ne sont pas suffisants pour estre de huict piedz. Ils sont de trop grosse taille et ne resonnent pas assez, d'auttant qu'en orgue neufve fault quelque temps luy souffler beaucoup à raison que le vent s'amolit tousjours et que le son des tuyaux s'afoiblit, s'il n'a un son picant et de petite aigreur.
Plus, j'ai visité la trompette qui est defectueuse, d'aultant qu'elle n'a pas sa longueur. Elle est trop ouverte et les anches et languettes qui ne sont pas en diapason, et ne tient pas son accord.
Plus j'ay visité la voix humaine qui n'est nullement ...[illisible] d'aultant qu'il n'y a que les dessus : encore ne sont elles pas comme l'on les fait à présent, c'est pourquoy je suis d'advis qu'il y a des basses et des tailles qui sont les principaux tuyaux d'une vois humaine et qui approche mieux de la voix. Plus, j'ai visité les pedales fluttes qui sont bonnes et les pedales trompettes qui sont bien fortes à l'équipolen de plain. Il fault y mettre quelque languette au do la re sol et au G re sol ut d'enbas et rendre le tremblant meilleur, ne paroist aucunement et fault rendre tous les tuyaux egaux et ...[illisible], de bailler la reszonance selon la qualité des jeux et rendre le tout d'accord selon la règle.
(Ibidem.)
° Sans signature et sans date.


Mais l'affaire se corse, car les Religieux entendent non seulement faire réparer par Lebé ce qui n'est pas au point, mais encore retiennent indûment un petit orgue que Lebé a prêté sans doute pour permettre l'accompagnement des offices pendant la construction du grand orgue. Aussi, Lebé, fort de son droit, assigne-t-il les Religieux par l'intermédiaire du Procureur Baltazard, en restitution dudit orgue, soutenant avec force que cette restitution est indépendante des malfaçons qui peuvent exister dans le grand orgue, et que ces malfaçons, si tant est qu'elles ne soient pas imaginaires, ne sauraient lui être reprochées, puisqu'une réception a bien été faite le 22 mai 1634.

Les religieux demandent à Lebé de convenir d'experts (1635).
Les religieux... de Frères Prescheurs de la ville d'Auxerre..., contre Jacques Lebé. Les déffendeurs ont dict que les petites orgues demandée par ledit Lebé sont en leur esglise pour assurance du marché qui a esté faict entre eux le vingt cinquième septembre mil six cent trente deux, de leur faire bien et dehument en leur esglise une paire de grandes orgues, lesquelles ne sont faictes suivant le marché faict entre les parties y ayant plusieurs deffaulz, et pour cognoistre ce aqui manque auxdictes orgues recquierent visitation estre faicte d'icelles et que pour les parties ayant à convenir d'expertz, sinon qu'il en sera par nous pris d'office pour ce faict, ce pourvoir ainsy qu'ils verront et faire telle responce qu'il appartiendra...
16 février 1635.
(Ibidem.)

Protestations de Lebé, en réponse à la demande des Religieux (1635).
Jacques Lebé facteur d'orgue... contre les religieux du couvent des Frères Prescheurs.
Le demandeur pour replicque aux deffendeurs... a percisté en ses conclusions que le dépost ou prest a luy faict de l'orgue y mentionné n'a rien de commung avec celle par luy faite et fabriquée en l'esglise desdits deffendeurs et consequemment n'y pouvant pas eviter la restitution dudit orgue mentionné en ses conclusions, nonobstant la conclusion incidante desditz deffendeurs et lettre par eux obtenue pour [ce] que l'orgue qu'il estoit tenu de faire ayant esté reçu par les dits deffendeurs sur l'advis de maistre de l'art quy l'ont recogneü et rapporté bien et dument faite. Il n'y a point de cas de restitutions, de sorte que sans avoir esgard auxdites conclusions incidante et entherinement desdites lettres, perciste le demandeur en ses conclusions sans préjudice... Signifié à M. François Le Roy, procureur des deffendeurs..., le neufvième may mil six cens trente cinq...
(Ibidem.)

Mais ce procès fatigue Lebé, qui donne à son fils Edme pouvoir de le représenter. Ce dernier assigne à son tour les Frères Prêcheurs devant le bailli d'Auxerre, le 25 juillet 1635.

Ici devra être inséré un document ADY H.1392, précisant que l'orgue prêté avait été placé sur le jubé.

Ce procès dura la bagatelle de... 16 ans. Nous savions par expérience que ce genre d'exercice était souvent une course de grand fond, mais avec celui-ci, nous atteignons les limites de l'invraisemblable, si l'on tient compte du fait que la difficulté ne roulait que sur une somme relativement peu élevée. Et quand vint la fin de cette affaire interminable, ce ne fut pas, bien entendu, Lebé père qui signa la transaction - car il était mort depuis longtemps - ce ne fut pas non plus son fils Edme, qui avait engagé la seconde instance, mais ce fut son autre fils Jehan. La transaction ne dit mot de la restitution du petit orgue, mais elle met fin au procès par l'accord des Religieux de payer à Jehan Lebé la somme de 400 livres. Il faut supposer ou bien que cette somme représentait la valeur du petit orgue de Lebé père, ou bien que cet instrument avait enfin été restitué et que ces 400 livres étaient la somme restant due à Lebé pour la construction du grand orgue, [La transaction porte la date du 23 octobre 1651 ; l'acte est passé à Troyes, par le procureur des Frères Prêcheurs, et l'approbation de ces derniers est en date à Auxerre, du 7 novembre 1651.] et pour de légitimes dommages et intérêts.

Aparté :
Le pédalier
... Instrument de la seconde Renaissance, la plus grande fantaisie règne dans le nombre de chevilles à faire sonner sous l'action du pied. On sait que demeure la vieille habitude qui consiste à confier à la frappe du pied les quelques notes qui complètent au grave le clavier manuel : deux, trois, quatre, six "trompes" qui mettent en action les gros tuyaux latéraux. Puis intervient le principe de la tirasse : celle-ci utilise quelques chevilles, propres à faire abaisser, sous la pression de la pointe du pied, les notes de base du manuel, auxquelles elles se trouvent reliées, soit par un jeu de vergettes ou de fils de laiton, soit par de vulgaires cordes. Le pédalier en "tirasse" ne comporte aucun jeu indépendant.
Pour le pédalier doté de jeux indépendants, les plus pauvres ne pouvaient guère stimuler le jeu de l'organiste ; ils ont de deux à sept, et huit touches.
On trouve dix notes au pédalier indépendant des Jacobins d'Auxerre (1632)...


Rue Valentin. - Couvent des Jacobins

Nous voici descendus dans la plaine qui commence au pied du vieil Auxerre, et qui s'étend du côté sud.
La rue Valentin tire son nom d'une croix dédiée à saint Valentin qui y existait autrefois (abbaye Saint-Julien, an 1703) et que l'on voit sur le plan d'Auxerre de Belleforest. Au bas de la rue de la Monnaie existait, dès le XVIè siècle, au n° 33, le grand hôtel de la Madelaine voisin de la cour des Jacobins. On y remarquait encore, il y a peu d'années, une grande porte de style renaissance.
Le couvent des Pères Dominicains ou Jacobins avait sa principale entrée dans cette rue qu'on appela aussi la rue des Jacobins. C'est aujourd'hui la maison occupée par la Trésorerie générale. Son heureuse disposition, ses vastes jardins en font une résidence sans pareille dans la ville. Les religieux, voulant jouir de la vue de la campagne sans sortir de leur couvent, avaient fait élever à une des extrémités du clos, du côté des murs de la ville, un monticule d'une certaine grandeur qui existe encore entouré d'arbres et de broussailles.
Les Jacobins furent appelés à Auxerre, dès l'an 1241, par Amicie, comtesse de Joigny et son fils Gaucher, qui obtinrent par échange du Chapitre Saint-Etienne la place où ils s'établirent.
Lebeuf fait remarquer que, comme les Cordeliers, ils occupaient beaucoup de terrain dans la ville, mais qu'ils y rendirent des services considérables. En effet, le couvent des Jacobins était célèbre. Il en sortit au XVIè siècle plusieurs prélats, tels que Guillaume de Valan, évêque d'Evreux et Maurice de Coulanges-les-Vineuses, évêque de Nevers, etc.
Les Jacobins avaient reçu de Saint Dominique un habit que la Vierge elle-même avait, dit-on, montré au B. Renaud d'Orléans. Il consistait en une robe blanche avec un scapulaire de même couleur auquel était attaché le chaperon. Ils prirent aussi la chape et le chaperon noir se terminant en pointe comme celui des Chartreux.
Mahaut II, comtesse d'Auxerre, favorisa le couvent des Jacobins en lui attribuant la direction d'un petit collège dit des Bons-Enfants, pour la fondation duquel elle leur fit don du cimetière des Juifs en 1253.
Ils assistaient chaque année, au XVè siècle, à une touchante cérémonie. Le jour des Morts, les fidèles faisaient à leur église paroissiale les offrandes d'un grand pain pour les pauvres. Les six curés de la ville proprement dite portaient ces pains à l'hôpital de la Madelaine, en la chapelle saint Michel, où le prieur de Saint-Amatre le bénissait. De leur côté, les administrateurs achetaient 70, 80 et même 100 bichets de blé qu'ils faisaient convertir en pain destiné "aux pauvres gens indigents afin qu'ils prient Dieu pour ceux qui ont fondé lesdites Charités." On portait ensuite toute cette provision dans une cuve devant la porte des Jacobins où la distribution s'en faisait aux pauvres.
Les curés recevaient 7 sous pour les peines d'avoir apporté le pain de leurs paroisses, et les administrateurs dinaient ensuite ensemble, comme c'était l'usage, pour se dédommager de leurs soins.
L'entrée du couvent des Jacobins donne bien sur la rue, mais il faut traverser une longue avenue d'acacias pour arriver aux bâtiments ; il n'y a rien à dire de leur état actuel parce qu'ils sont tout à fait modernisés. L'église, qui est réduite à l'état de magasin, datait du XIVè siècle. Elle avait 108 pieds de longueur dans oeuvre, sur 32 pieds 6 pouces de largeur, et 36 pieds environ de hauteur, l'entablement compris. Elle était construite en partie en moëllons. Lors de la prise d'Auxerre en 1567, les Huguenots voulaient brûler ou au moins découvrir cette église. Elle fut rachetée par une pieuse dame du voisinnage nommée Jeanne Leroy. Mais ils firent main basse sur l'argenterie du couvent qu'un religieux menacé de mort leur fit découvrir. Il y avait dans cette église plusieurs confréries. En 1581, Nicolas Use, peintre à Auxerre, décora les murailles de la chapelle de sainte Barbe en y représentant de nombreux sujets de l'histoire de saint Ursin et d'autres pieuses légendes.
Les Jacobins étaient spécialement les propagateurs de la confrérie du Rosaire. Celle d'Auxerre était nombreuse au XVIIè et au XVIIIè siècle.
Ils fournirent, dans les premières guerres de religion, un prédicateur célèbre, le P. Divolé, qui, nouveau Jérémie, signalait hardiment les tendances des principaux officiers à livrer la ville aux Huguenots, et prédisait les malheurs et la ruine qui menaçaient les églises. Aussi, lorsque les Huguenots se furent emparés de la ville, ils firent cruellement souffrir le vieux moine, le dépouillèrent de ses vêtements et le promenèrent ainsi dans les rues et le menacèrent de mort. Son âge le fit échapper à ce dernier péril.

 
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